Le gouvernement veut tourner la page du chaos qui a longtemps empoisonné la délivrance des passeports sécurisés. Devant le Sénat, le ministre de l’Intérieur et de la Décentralisation, Jean Olessongo Ondaye, annonce des pistes pour résorber les milliers de dossiers en attente et à empêcher que la crise ne se reproduise. Pour lui, après 93 jours aux commandes, « la solution est à portée de main ».
Le passeport congolais serait-il enfin en train de sortir du tunnel ?
C’est en tout cas le pari affiché par le gouvernement. Interpellé au Sénat sur les difficultés persistantes qui paralysent encore la délivrance des passeports, le ministre de l’Intérieur et de la Décentralisation, Jean Olessongo Ondaye, a livré les grandes lignes d’un dispositif présenté comme une réponse à la fois urgente et structurelle.
Car derrière les files d’attente, les dossiers payés mais non délivrés et les frustrations des demandeurs se cache une crise plus profonde : rupture dans la chaîne de production, difficultés contractuelles, problèmes de paiement et existence présumée de réseaux parallèles. Le nouveau ministre assure vouloir s’attaquer à tous ces fronts simultanément.
LE CHAOS À LA LOUPE
Le constat dressé par Jean Olessongo Ondaye est sans détour. Des milliers de Congolais ont payé pour obtenir leur passeport sans encore être en possession du précieux document. Une situation qui a alimenté frustration, incompréhension et suspicion. « Le gouvernement de la République est tellement conscient et pleinement conscient des désagréments que subissent nos concitoyens dans l’obtention du passeport », a déclaré le ministre devant les sénateurs.
Mais pour lui, la crise ne saurait être réduite à un simple retard administratif. Le ministre pointe également l’existence de réseaux clandestins qui auraient transformé l’accès au passeport en véritable marché parallèle, avec des documents qui seraient délivrés prioritairement aux « plus offrants ».
Une situation contre laquelle les services placés sous son autorité auraient engagé des actions dans le but de casser les circuits parallèles et remettre le citoyen au centre du dispositif.
BERLIN, LE TOURNANT ?
Pour débloquer la chaîne de production, le gouvernement a choisi de renouer directement avec son partenaire technique allemand, MÜHLBAUER, chargé de la production des documents sécurisés.
Une délégation congolaise conduite par Jean Olessongo Ondaye s’est ainsi rendue en Allemagne afin de rétablir le dialogue et de remettre le partenariat sur les rails.
Cette démarche aurait été accompagnée du règlement d’une partie importante des sommes dues par l’État au partenaire.
Et les premiers résultats annoncés sont particulièrement attendus.
100 000 passeports vierges et 330 000 cartes nationales d’identité doivent être réceptionnés progressivement au Congo. Selon le calendrier prévisionnel présenté par le ministre, un premier lot de 25 000 passeports devrait arriver au début du mois de septembre 2026. Les derniers lots sont annoncés pour la fin du mois de décembre.
Septembre pourrait donc constituer le premier véritable rendez-vous entre les annonces gouvernementales et la réalité vécue par les citoyens.
50 000 DEMANDEURS DANS LA FILE
Le chiffre donne la mesure de l’urgence. Environ 50 000 demandes de passeports déjà payées resteraient à satisfaire. C’est l’une des principales bombes à retardement héritées par la nouvelle équipe ministérielle.
Pour le gouvernement, il ne suffit cependant pas de vider cette « dette » administrative. Encore faut-il empêcher la reconstitution du stock. C’est ici qu’intervient l’une des principales innovations annoncées : la refonte du mécanisme financier.
FINI L’ARGENT ENTRE LES MAINS DES AGENTS ?
Le gouvernement veut désormais mettre fin à la manipulation directe des fonds par les agents chargés du traitement des demandes. La solution envisagée préconise un compte séquestre ouvert dans une banque de la place.
Le demandeur paierait directement auprès d’un guichet bancaire installé sur les lieux de production des passeports. Les fonds seraient ensuite immédiatement orientés vers ce compte.
Le principe est que celui qui produit le passeport ne doit plus être celui qui encaisse l’argent du demandeur.
« Nous avons demandé à cette banque de placer des guichets sur les lieux de production de passeports afin qu’aucun agent de l’immigration ne touche à l’argent des demandeurs de passeports », a expliqué Jean Olessongo Ondaye.
Après paiement, le citoyen recevrait un reçu qu’il présenterait au service compétent pour poursuivre sa procédure qui prévoit, le paiement bancaire. La traçabilité.la séparation des fonctions. Le contrôle.
Le gouvernement veut ainsi construire une chaîne beaucoup plus difficile à contourner.
LE COUP DE FREIN AUX RÉSEAUX PARALLÈLES
Derrière le compte séquestre se cache une autre bataille : celle de la transparence. En séparant clairement les étapes du paiement, de la production et de la délivrance, le gouvernement entend réduire les possibilités de détournement, de surfacturation ou de traitement préférentiel.
Cette architecture devrait également permettre de sécuriser les ressources nécessaires au fonctionnement de la chaîne de production et, surtout, d’éviter que de nouveaux impayés ne provoquent une nouvelle rupture avec le partenaire technique.
Le pari est de sécuriser l’argent et sécuriser le passeport.
SOLUTION EST À PORTÉE DE MAIN
Face aux sénateurs, Jean Olessongo Ondaye veut croire à un changement durable. « La solution aux difficultés d’obtention du passeport est à portée de main », a-t-il affirmé.
Sa feuille de route tient finalement en quatre axes : résorber les dossiers en souffrance, sécuriser les paiements, rétablir durablement le partenariat avec le producteur et neutraliser les réseaux parallèles.
Mais le ministre ne promet pas de miracle. Après seulement 93 jours à la tête du département de l’Intérieur et de la Décentralisation, il demande du temps pour réparer un système qu’il décrit comme profondément affecté.
« Quand le mal est profond, quand le mal est très profond, il nous faut un peu de temps », a-t-il reconnu, avant d’ajouter qu’il « n’existe pas de solution instantanée pour tout réparer en à peine 93 jours ».
VIVEMENT SEPTEMBRE
Désormais, le calendrier sera scruté. Septembre 2026 sera le premier grand test. Si rien ne change, l’arrivée annoncée des 25 000 premiers passeports devra permettre de mesurer la capacité du nouveau dispositif à absorber une partie des retards accumulés.
Puis viendra la montée en puissance jusqu’en décembre. Mais le véritable indicateur de réussite ne sera pas uniquement le nombre de passeports réceptionnés. Il sera beaucoup plus simple. Le citoyen paie-t-il ? Dépose-t-il son dossier ? Et reçoit-il son passeport dans un délai raisonnable ? Sans intermédiaire. Sans favoritisme. Sans paiement occulte. Sans parcours du combattant. C’est à cette réalité concrète que sera confrontée la réforme.
NOUVEAU LABORATOIRE DE LA TRANSPARENCE
Si le compte séquestre est effectivement opérationnalisé comme annoncé, le passeport pourrait devenir le premier terrain d’expérimentation d’une nouvelle gouvernance des documents administratifs sécurisés.
Moins de manipulation directe d’espèces. Plus de traçabilité. Davantage de contrôle. Une séparation plus nette des responsabilités. Et surtout, une meilleure visibilité sur les recettes destinées à financer la production. La bataille du passeport congolais entre ainsi dans une nouvelle phase.
Le gouvernement ne promet plus simplement de gérer la pénurie. Il affirme vouloir reconstruire le système. Et c’est là que se jouera sa crédibilité. Car après des années de frustrations, les Congolais n’attendent plus seulement des annonces.
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