culture

ROYAUME DE MBAYA : LA VÉRITÉ HISTORIQUE FACE AUX RÉCITS POLÉMIQUES

dim. 13 sept. 26

Les 28 et 29 décembre 2020, monsieur Parfait MBON, Président de l’association Convergence des initiatives pour le développement de l’éducation et de la culture tenait à Brazzaville, une conférence de presse dans le but de faire redécouvrir au grand public, l’histoire du royaume oublié de M’baya.

A l’écouter, c’est l’histoire d’une organisation politique différente de celle depuis connue du grand royaume téké, une de plus, peut-être une de trop dans ce monde Téké et aussi dans le Département des Plateaux.

Pour en savoir un peu plus sur ce Royaume oublié, nous avons choisi d’analyser chacune des deux principales parties de l’exposé du conférencier :

« Le siège du royaume de Mbaya est à NKALA-A-NKO et le titre du roi est connu sous le nom de NGAMBOOM. Son influence s’étend sur les deux rives de la rivière Nkéni jusqu’à la rivière Léfini, selon les témoignages. Bien qu’il existe depuis le XVIIIème siècle, son histoire n’est vraiment pas connue du grand public… »

L’ÉPOQUE DU ROYAUME

L’époque, XVIIIème siècle. Nous sommes dans l’arrière-pays de la Côte congolaise que les Européens occupent depuis trois siècles. Tout commence à la fin du XVème. Les Portugais arrivent à l’embouchure du fleuve Congo et s’installent à Mbanza-Kongo, capitale du royaume du Kongo qu’ils vont aider à mourir presque deux siècles plus tard après l’avoir converti au catholicisme. Ces populations des côtes leur parlent de l’existence loin de chez eux, Ntama Kouna, d’une organisation politique, la plus importante de cette partie de l’Afrique, le royaume d’Anzico dont Mucoco le chef commandait à dix vassaux. Il ne fait pas de doute : il s’agit bien de NSI-OUNKO, que l’on connaît depuis mieux sous le nom de Royaume Téké qui contrôlait tout le territoire qui s’étendait des deux rives du fleuve Congo à la rivière Léfini, occupant ainsi tout le plateau de Mbè.

Cet ancien royaume a fondé sa réputation sur le contrôle de toutes les activités qui se déroulaient sur le fleuve depuis, l’entrée du couloir et surtout sur le contrôle des activités d’échange qui se déroulaient autour du lac et auxquelles les Portugais prirent une grande part à partir du début du XVIème siècle, introduisant ainsi la traite négrière qui se pratiquait déjà sur la côte. Rapidement, ce royaume de l’intérieur devenait l’une des plus grandes pourvoyeuses d’esclaves. Rapidement aussi, il fut victime des nombreuses guerres qu’elle entraîna pour s’approvisionner en marchandise humaine. Le royaume téké fut désorganisé. Les populations excédées par les razzias désertèrent le plateau de Mbè, considéré comme le cœur même du royaume. Elles allèrent trouver refuge loin très loin au-delà la rivière Léfini, occupant ainsi les plateaux et les collines de l’intérieur

L’ORIGINE DE NKALA-A-NKO

Les mots. Le siège du royaume de Mbaya est à NKALA-A-NKO : Dans le langage des Téké, cela veut dire « loin, très loin à NKO ». Cette expression désigne bien un lieu d’origine en l’occurrence NKO. Plus près, c’est le nom d’un ancien village du plateau de Mbè sur la route d’Inoni. Ounko NKION mort en 1948 y vécut. Plus loin, c’est aussi un nom de village des pays Laali où l’on situe le point de départ des plus anciennes migrations de nos Téké actuels.

Qu’il se trouve aujourd’hui un lieu ainsi nommé sur les terres de Mbaya ne peut paraître que normal. Car on sait que chez les Téké, les hommes se déplacent avec le nom de leur village d’origine. Par cette référence, les habitants actuels de la terre de Mbaya reconnaissent être originaires de Nko. De ce fait, ils appartiennent à une des six dynasties royales connues à ce jour. Ils seraient venus en ces terres de Mbaya, envoyés par leurs aînés pour mettre à l’abri les choses sacrées du royaume menacé par la traite négrière. Ils sont les envoyés de la royauté centrale pour protéger ses insignes sacrés. On dit de ces messagers, A NGUIA qui vont lorsque le royaume dilaté va tenter de se reconstituer former l’un des principales provinces sacroadministratives secondaires du royaume jouissant d’une délégation de souveraineté.

NGABOOM, LE TITRE ROYAL

Le titre du roi de Mbaya est NGABOOM. Pour ceux qui connaissent les alentours de Mbè, c’est le nom de la petite rivière qui ravitaille le village. Sur les cartes de géographie, le cours d’eau est mentionné sous le nom colonial de la Gamboma comme la capitale du district du même nom, fondée en 1908 sur la rive nord de la Nkéni. Il s’agit d’une rivière sacrée sur les rives de laquelle se trouvait un arbre qui tombait et se relevait seul quelques jours après. Il y a seulement quelques années, cet arbre était encore debout sur ses rives. Dans le langage des Téké, le préfixe NGA est connu et beaucoup utilisé pour désigner le « propriétaire de quelque chose, d’un lieu…Ainsi NGANDZION est le propriétaire du lieu sacré dit Andzion, NGAINLINOU, celui du lieu sacré de INLINOU…… NGABOOM est le propriétaire, le dépositaire de l’autorité des forces invisibles qui ont pour sanctuaire la rivière sacrée Ngabououn, nom éponyme qui depuis désigne, le pays qu’il draine, Mbouon, entre le km100 et la rive sud de la Nkéni dont les habitants sont depuis désignés par A Bouon ».

Le NGABOOM est bien à l’origine la plus haute autorité représentant OUNKO en ces lieux. Il est le dépositaire de l’autorité sacrale liée au Nkouobi secondaire des NGUIA, les envoyés du pouvoir royal central. Et il ne fait aucun doute qu’il ne s’agit là que d’une délégation de souveraineté.

LES FAITS HISTORIQUES

« A l’époque, quand le colonisateur était arrivé, il avait eu des démêlés avec le roi de MBAYA. Le colonisateur a fini par quitter notre territoire et il est allé s’installer là où il a jugé profitable. Il y a des choses qui ont été occultées par le colonisateur. Il n’y a ni écrits, ni ouvrages sur le royaume. La base scientifique n’est pas suffisante ».

Et, venons-en aux faits : Le colonisateur a eu des démêlés avec le roi de MBAYA. Là aussi, les choses sont claires. Nous sommes en 1911. D’Octobre à Décembre, des campagnes d’occupation sont menées pour la soumission des populations des villages Gangoulou, Mbochis et Moyes de la région comprise entre la basse Nkéni et l*’Alima.* Dans le journal de marche rapportant ces campagnes, il n’est nulle part fait état d’un quelconque royaume. On parle plutôt des chefs de village, nombreux, dont celui de MBAHIA qui comme tant d’autres chefs de la contrée finira par se soumettre et accepter de payer l’impôt.

LA FACTORERIE DE MBAYA

Le colonisateur a quitté notre territoire et est allé s’installé là où il a jugé profitable. Le colonisateur ; non en réalité, il s’agit du gérant de la factorerie de MBAYA, mise à sac par les populations locales chez lesquelles on trouvera plus tard des objets appartenant au magasin lors des opérations de répression organisées pour venger ce brigandage. Pour des problèmes de sécurité, après ces actes, Mr LIEVENS, le gérant a quitté ce village pour aller se réfugier à MABIROU.

LA CONQUÊTE COLONIALE

Le colonisateur n’était pas venu pour écrire l’histoire d’un royaume oublié. Il était venu pour soumettre les populations par une série de guerres qui vont aussi toucher les populations voisines des pays « Aboma », « Nzikou » et « Koukouya » qui furent à leur tour totalement soumises en 1913.

LA NOUVELLE ORGANISATION ADMINISTRATIVE

Et ainsi, lorsque la première guerre mondiale éclate en 1914, toute la région est pacifiée. La 11ème Circonscription administrative du Moyen-Congo allait naître : c’est la Circonscription des BatékéAlima qui dans le cours de l’histoire devint celle de l’Alima-Léfini avant de se scinder en Préfectures de la Léfini et de la Nkéni avec pour chefs lieux respectifs Djambala et Gamboma pour finir par se regrouper à nouveau pour former depuis 2003 le Département des Plateaux.

QUELLE LECTURE DE L’HISTOIRE DE MBAYA ?

Nous osons espérer que ces maigres éclairages permettront à chaque lecteur de se faire sa propre idée sur la question du « royaume oublié de Mbaya ». Par ailleurs, les NGABOOM, disons-le méritent autre chose que des discours qui, dans le contexte actuel de la vie politique du pays relèvent plus de la courte échelle que du rétablissement d’une vérité historique et in fine paraissent comme une menace culturelle pour les dynasties royales téké et un coup de canif dans le désir et la ferme volonté des populations concernées de vivre ensemble dans un même Département.

DEUX DYNASTIES, UNE MÊME ASCENDANCE

Mieux vaut alors, reconnaître le réel y compris quand il ne ressemble pas aux à priori et proclamer que NGABOOM à Mbaya et OUNKO à Mbè sont deux faces d’une même médaille pour dire qu’ils appartiennent à deux dynasties qui descendent toutes d’un même ancêtre idéalisé. Ils sont des parents que les aléas historiques ont plus qu’éloignés les uns des autres depuis le XVIème siècle (traite des noirs, colonisation, révolution marxiste-léniniste…). Ainsi, au-delà de toutes les querelles, ce qui importe aujourd’hui pour tous ceux qui se réclament de la couronne royale téké est de retrouver chacun son ascendance dynastique parmi les six grands clans connus pour pouvoir jouer pleinement le rôle dévolu à chacun depuis les origines.

LA RESPONSABILITÉ DES GÉNÉRATIONS

A chaque génération sa responsabilité. Vos aïeuls ont bâti ce royaume depuis des siècles ; peut-être même des millénaires. Ils l’ont laissé aux générations suivantes qui l’ont maintenu presque sans heurts. A leur tour, celles-ci vous l’ont transmis. Le voilà qui dure toujours. A vous d’assumer la vôtre : préserver quoiqu’il en coûte cet héritage et renforcer la cohésion des populations au sein de la grande aire culturelle téké. Il est urgent de rester lucides, collectivement, pour ne pas se laisser abuser.

Hopiel EBIATSA, Historien et Ecrivain, auteur de : Les guerres d’occupation du Moyen-Congo- l’Alima-Léfini de 1910 à 1913, Paris, Edilivre, 2023.

BRAZZA-NET.CG vérité absolue : +242 06 662 88 75, ebdimix@gmail.com