YOKA ET SON CABINET DOS AU MUR : LE CONGO VIT A CREDIT ENTRE ARRIÉRÉS, DETTES, MIRAGE DES EUROBONDS ET EXONERATIONS TOXIQUES
La dette publique frôle les 100 % du PIB. Les besoins de refinancement s’accumulent. Le Fonds monétaire international (FMI) alerte sur les risques de liquidité. Des réformes fiscales et douanières au point mort. Pire, à l’opposé de ce que laissent croire leur présentation comme instruments de développement, les récents eurobonds ont surtout servi à refinancer la dette existante. Même si rien ne présage formellement une cessation de paiement, la République du Congo est au pied du gouffre.
Christian Yoka, le ministre des finances un expert arraché à l’AFD, exhibé comme un crac et l’homme de la situation est dos au mur. Son cabinet qui multipliait des communiqués vantant des vrais faux succès engrangés tels que des eurobonds, la réhabilitation de la signature sur le marché, se mord le doigt, à la suite des contreperformances financières quotidienne, du désastre qu’enregistre chaque jour la République du Congo et de l’envolée de sa dette en à peine un an.
La République du Congo se trouve à nouveau face à un situation financière délicate malgré des années de restructuration de la dette, de consolidation budgétaire. Loin de disparaitre, les vulnérabilités se sont même renforcées depuis 2025 selon le Fonds monétaire international, référence faite à la nomination de Christian Yoka comme ministre des finances.
LA DETTE SE RAPPROCHE DU PRÉCIPICE
Selon le FMI, la dette publique totale du Congo était estimée à 97,2 % du PIB à fin 2025, contre 102,9 % à fin 2023. Pour 2026, il la projette autour de 94,8 % du PIB. Par ailleurs, le FMI relève l’accumulation des arriérés intérieurs et extérieurs, des tensions de liquidité et l’augmentation des risques liés au refinancement. Il est aussi relevé que « la discipline budgétaire s’est affaiblie en 2025, dans un contexte de dépassements de dépenses et de baisse des recettes pétrolières ».
Le Congo n’est certes pas en cessation de paiement, ni en faillite. Cependant, il traverse une zone de vulnérabilité élevée. Puisque les institutions financières internationales s’alarment de ce que les besoins de service de la dette resteront importants en 2026, faisant craindre le risque d’un cercle vicieux fait d’une dette élevée, des échéances importantes, du manque de liquidités, d’un nouvel emprunt, donc d’une nouvelle charge financière puis de nouvelles échéances.
ALERTE ROUGE ET MIRAGE DES EUROBONDS
La réduction de la marge de manœuvre de l’Etat est donc à craindre. Car, les écarts de financement compromettraient la capacité du Congo à honorer ses engagements, au cas où « les cours du pétrole baissaient fortement ou si l’appétit des banques régionales pour les titres du Trésor congolais diminuait ».
En novembre et décembre 2025, le Congo a levé 930 millions de dollars sur les marchés internationaux dont 670 millions de dollars lors de la première émission, puis 260 millions lors de sa réouverture. Le coupon était de 9,875 %, tandis que les rendements effectifs atteignaient environ 13,7 % puis 13 %.
Présentées comme un retour du Congo sur les marchés internationaux, ces opérations ont surtout répondu à l’urgence de refinancer la dette existante. Le FMI précise que les ressources devaient servir à amortir des titres du Trésor arrivant à échéance entre novembre 2025 et février 2026 et à apurer une partie des arriérés budgétaires.
En fait, une partie de cet argent servait à payer des dettes antérieures. En février 2026, nouvelle opération 700 millions de dollars, avec un coupon de 9,5 % et un rendement de 11,625 %, échéance 2035. Là encore, l’objectif annoncé était le refinancement de la dette intérieure et le rachat partiel de l’ancien eurobond, explique un expert.
Puis, en mai 2026, le Congo a levé 850 millions de dollars à 9,5 %, échéance 2036. Les ressources de cette opération ont été destinées au rachat de 564 millions de dollars environ de l’ancien eurobond 2032 et au refinancement de titres de dette intérieure arrivant à échéance.
EXONERATIONS TOXIQUES, EMPRUNTS
Un vrai cirque. Il ne s’agit pas, dans ces transactions précises, d’une vague massive de capitaux destinés à financer des usines, des infrastructures productives ou une transformation structurelle de l’économie ; mais d’opérations de gestion de passif, destinées à déplacer les échéances, remplacer certaines dettes par d’autres et réduire les tensions immédiates de trésorerie, dit un sachant.
Juste pour gagner du temps, accabler les générations futures, sans régler le problème de fond. Le FMI demande explicitement au Congo de rationaliser les exonérations fiscales accordées dans le cadre de nouvelles conventions d’établissement, et de renforcer les capacités d’audit et de contrôle.
En fait, le FMI avait déjà recommandé la suppression progressive des exonérations fiscales et douanières, le recouvrement des arriérés fiscaux et l’amélioration de la mobilisation des recettes non pétrolières.
Le Parlement lui-même a formulé en 2026 la recommandation d’interdire les exonérations exceptionnelles, de poursuivre les réformes des régies financières et de privilégier les emprunts concessionnels.
Mais hélas, d’un côté, l’État cherche des fonds sur les marchés financiers ; de l’autre, il continue de disposer d’un système d’exonérations dont les institutions de contrôle et les partenaires techniques demandent la rationalisation.
Le paradoxe saisissant est de savoir comment et pourquoi, un État surendetté renonce à des recettes fiscales sans démontrer le retour économique et social de chaque exonération, s’interroge le sachant.
A QUI LA FAUTE ?
Le ministre Christian Yoka et son cabinet présentent FOUTA, plateforme de paiement des recettes publiques, et le Système de facturation électronique certifié (SFEC) comme des leviers de la réforme fiscale.
Le ministère affiche d’autres objectifs dont la digitalisation, l’élargissement de l’assiette fiscale et la rationalisation des exonérations. Mais, le vrai sujet demeure leur exécution, leur calendrier et leurs résultats mesurables.
Pour les partenaires, la mise en œuvre des réformes structurelles est lente. Ils insistent sur la modernisation des administrations fiscales et douanières, la rationalisation des exonérations et l'amélioration de la gestion des finances publiques.
Il serait injustifié d’accabler Christian Yoka comme seul responsable de l'ensemble de la situation financière portée par la dette, les déficits, les engagements publics et les décisions d’endettement relèvent de plusieurs gouvernements et institutions sur plusieurs années.
Mais, sa qualité de ministre des finances, du budget et du portefeuille public, fait de lui le responsable politique et administratif dans les choix relevant de son portefeuille depuis sa prise de fonctions. Sa responsabilité doit être évaluée sur la base des résultats, et non des déclarations.
LE SPECTRE DES FONDS VAUTOURS
C’est une menace à ne pas exagérer mais, à prendre au sérieux tant l’expression fonds vautours frappe l’imaginaire. Lorsqu’un État devient très vulnérable, les créanciers privés peuvent disposer d’un rapport de force plus important lors des restructurations, tandis que les coûts de financement augmentent.
Le Congo a déjà connu une restructuration de sa dette intérieure et des opérations de reprofilage. En 2024, les autorités avaient ainsi procédé au reprofilage de 1 136 milliards de FCFA de dette intérieure, soit 12,7 % du PIB selon le FMI.
Le pays doit donc éviter de revenir dans une situation où chaque échéance nécessite une nouvelle opération de refinancement.
Chaque emprunt contracté aujourd’hui constitue une obligation pour demain. Si la dette finance une infrastructure productive, capable d’augmenter la croissance et les recettes publiques, elle peut contribuer à préparer l’avenir.
Mais si elle sert essentiellement à payer des salaires, couvrir des déficits, régler des arriérés ou refinancer des dettes antérieures, sans augmentation correspondante de la capacité productive, la génération suivante hérite surtout de la facture.
C’est le danger d’un endettement qui cesse d’être un outil de développement pour devenir un mécanisme permanent de refinancement.
SORTIR DU PIÈGE
Les recommandations du FMI et les propres documents budgétaires congolais indiquent qu’il s’agit pour le gouvernement de stopper l’accumulation des arriérés, d’auditer toutes les exonérations afin que toute exonération qui ne crée ni emplois, ni investissement, ni recettes futures soit supprimée.
Il faut réformer profondément les régies financières avec des systèmes numériques interconnectés et auditables. Il faut ne plus emprunter pour financer le fonctionnement courant mais pour un rendement économique et social mesurable.
Il faut privilégier les financements concessionnels recommandés par le Parlement. Il faut aussi publier un tableau complet de la dette intérieure et dette extérieure, des eurobonds, des garanties publiques, des entreprises publiques, des arriérés et service annuel dans un tableau accessible à tous.
Outre l’évaluation de chaque projet financé par emprunt, il faut renforcer la discipline budgétaire.
YOKA AU PIED DU MUR ?
Même si la crise est structurelle et qu'elle dépasse la seule personne du ministre des finances, Christian Yoka ne peut être jugé uniquement sur les réformes annoncées. Il doit l'être sur les recettes mobilisées, les dépenses maîtrisées, les exonérations supprimées ou justifiées, les arriérés résorbés, la dette stabilisée et la qualité des investissements financés.
Or, en 2025-2026, la dette proche de 100 % du PIB, l’accumulation d’arriérés, les fortes tensions de trésorerie, les besoins élevés de refinancement et la lenteur des réformes structurelles inquiètent.
Le gouvernement dispose néanmoins de leviers. Selon les institutions financières internationales, « la mise en œuvre effective des mesures de consolidation, la mobilisation des recettes hors hydrocarbures, la rationalisation des exonérations, la maîtrise des dépenses et l’amélioration de la gestion de la dette pourraient contribuer à restaurer progressivement les marges budgétaires ».
Le Congo n’est pas en cessation de paiement. Mais il ne peut plus se permettre de traiter sa dette comme une simple affaire de calendrier.
BRAZZA-NET.CG, en toute vérité absolue : +242 06 662 88 75, ebdimix@gmail.com