Le 30 octobre à Brazzaville, une conférence sur l’horreur d’avril à juillet 1994 au Rwanda, pendant laquelle, plus d’un million de Tutsi ont été massacrés par des compatriotes en 100 jours, a meublé une conférence mémorielle. La communauté rwandaise à Brazzaville, des diplomates, des officiels congolais, des membres du clergé, des étudiants, des acteurs de la société civile ont vécu ce flashback plein d’émotions.
Initiée par l’ambassade de la République du Rwanda en République du Congo, la conférence sur « le génocide commis contre les Tutsi : devoir de mémoire et prévention », a exhumé l’historicité des faits, la chronologie d’un massacre scientifiquement et politique préparé par le régime du président Juvénal Habyarimana, le passage à l’acte, l’apocalypse, les dégâts multisectoriels de cette apocalypse, les responsabilités, la justice internationale, les leçons pour le futur de l’humanité, au-delà du Rwanda et de l’Afrique.
CHEF D’ŒUVRE ORGANISATIONNEL
Pour retracer les contours de ce premier génocide en Afrique dont la reconnaissance est un consensus universel, l’ambassade du Rwanda n’a laissé aucun paramètre, ni aspect de côté.
Tout a été préparé, afin que des enseignements reçus soient tirés des leçons pour que pareil massacre ne se reproduire jamais.
Experts, témoins, sachants, spécialistes se sont succédés à la tribune pour ouvrir leur cœur et leur cerveau un auditoire qui serait les dents d’un passage à l’autre.
De l’introduction de l’ambassadeur de la République du Rwanda en République du Congo Parfait Busabizwa aux intervention du docteur Appolos D. Mebardoum, du journaliste Mehdi Ba, du professeur Pierre Karebeye et du docteur Samantha J. Lakin, l’alerte a été sonnée contre l’oubli et le négationnisme que défendent les artisans du mal et de la haine.
NOMMER LE GENOCIDE
En 39 minutes, l’ambassadeur du Rwanda tout dit, insistant sur le devoir de mémoire et la prévention. « Nommer le génocide par son vrai nom, préserver la mémoire des victimes et éduquer les générations futures pour empêcher que l'horreur ne se reproduise ».
Le diplomate rwandais a livré un témoignage historique et un plaidoyer en faveur de la préservation de la mémoire collective autour de trois exigences fondamentales à savoir, établir la vérité sur le génocide contre les Tutsi, entretenir le devoir de mémoire et renforcer les mécanismes de prévention.
Revenant sur les événements tragiques de 1994, l'ambassadeur a rappelé que, du 7 avril à la mi-juillet, pendant une centaine de jours, les Tutsi ont été victimes d'une extermination systématique. Selon les chiffres qu'il a avancés, plus d'un million de personnes ont perdu la vie.
EXTERMINATION PLANIFIEE
Pour le diplomate, ces populations n'ont pas été tuées pour leurs actes, mais pour ce qu'elles étaient, en raison de leur appartenance ethnique. Il a insisté sur le caractère particulier de cette tragédie, marquée par des violences commises jusque dans les communautés de proximité, parfois par des voisins contre leurs propres voisins.
L'ambassadeur a également souligné que le génocide ne s'est pas déclenché spontanément en avril 1994. Ses racines, a-t-il expliqué, remontent à plusieurs décennies, avec l'installation progressive d'une idéologie discriminatoire, les persécutions, les massacres et les déplacements forcés de populations tutsi dès 1959.
À ses yeux, la propagande, la discrimination institutionnalisée, l'incitation à la haine et la préparation des milices ont constitué autant de signes annonciateurs de la tragédie.
DEFAILLANCES GENERALISEES
Les responsabilités et les défaillances de la communauté internationale face aux signes précurseurs du génocide ont été établies à travers les alertes lancées avant 1994, par des observateurs, des diplomates et des organisations internationales.
Des rapports faisaient déjà état de massacres ciblés contre les Tutsi, de la circulation d'armes, de l'organisation de milices et de discours ouvertement hostiles à cette communauté.
L’ambassadeur a évoqué les informations transmises aux Nations unies par le général Roméo Dallaire, alors commandant de la Mission des Nations unies pour l'assistance au Rwanda (MINUAR), sur l'existence de caches d'armes et les préparatifs de massacres.
Malgré ces alertes, la réponse internationale est restée insuffisante. La réduction des effectifs de la MINUAR, au moment même où les massacres prenaient une ampleur considérable, demeure, selon lui, l'une des illustrations les plus frappantes de l'abandon des populations menacées.
Pour Parfait Busabizwa a estimé que le drame rwandais ne pouvait être expliqué uniquement par les agissements des responsables du génocide, mais devait conduire à interroger l'inaction des institutions et des États qui disposaient pourtant d'informations sur les dangers imminents.
LA JUSTICE CONTRE L'IMPUNITE
Sur la reconnaissance juridique du génocide, Parfait Busabizwa a insisté sur le rôle du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) qui a permis de poursuivre et de condamner plusieurs responsables politiques, militaires, administratifs et médiatiques impliqués dans les crimes commis contre les Tutsi.
Pour lui, la reconnaissance judiciaire du génocide est essentielle, car elle permet de sortir des controverses et des interprétations politiques pour établir les faits sur la base des preuves et des décisions de justice.
LA VERITE FACE AU NEGATIONNISME,
Le diplomate a exposé sur la lutte contre le négationnisme et la minimisation du génocide en rappelant que l'appellation « génocide perpétré contre les Tutsi en 1994 » permet de désigner clairement les victimes et d'éviter toute confusion avec une simple guerre entre communautés.
Il a mis en garde contre les discours relativisant les crimes, minimisant le nombre de victimes, inversant les responsabilités ou à présentant le génocide comme un simple affrontement ethnique.« Nommer une chose par son vrai nom est le premier pas pour la combattre », a-t-il défendu.
Pour l'ambassadeur, le négationnisme n’est pas une simple divergence d'interprétation historique, mais une menace pour les rescapés, la mémoire des victimes et les efforts de prévention.
EDUCATION, MEMORIAUX, GENERATIONS FUTURES
Parfait Busabizwa a placé l'éducation au cœur de la prévention des génocides en évoquant l'inscription de quatre mémoriaux du génocide au patrimoine mondial de l'UNESCO. Une reconnaissance qui, selon lui, confère à ces lieux une dimension universelle, « ils ne constituent pas seulement des espaces de recueillement pour le peuple rwandais, mais aussi des lieux de transmission de l'histoire et de sensibilisation pour toute l'humanité ».
Au Rwanda, a-t-il rappelé, l'histoire du génocide est enseignée dans les établissements scolaires, les mémoriaux sont préservés et les commémorations nationales s'étendent sur une période de cent jours.
Ces initiatives visent à transmettre aux jeunes générations la connaissance des événements, à promouvoir la tolérance et à prévenir toute résurgence des idéologies de haine.
A LA JEUNESSE AFRICAINE
Le diplomate rwandais a souligné que la mémoire du génocide ne devait pas être considérée comme une affaire exclusivement rwandaise. Elle concerne l'Afrique et le monde entier.
L'expérience du Rwanda rappelle, selon lui, que les discours de haine, la discrimination, la manipulation des identités et l'incitation à la violence ne doivent jamais être banalisés. La prévention commence dès lors que les sociétés savent reconnaître les signes annonciateurs des violences et refusent de laisser prospérer l'intolérance.
Avant l’interaction avec le public, l’intervention du diplomate a été enrichie par le témoignage du docteur Appolos D. Mebardoum. Le journaliste Mehdi Ba a insisté sur la responsabilité de médias dans ce génocide. Il a été suivi par la contribution du professeur Jean Pierre Karebeye et du docteur Samantha J. Lakin sur l’attitude des jeunes et enfants réfugiés.
PLUS JAMAIS ÇA
Le devoir de mémoire a été au rendez-vous puisqu’il fallait rendre un hommage solennel à plus d'un million de victimes, transmettre l’histoire aux jeunes, lutter durablement contre l'oubli. La lutte contre l'idéologie génocidaire elle a permis l’analyser et dénoncer la montée des discours de haine, la désinformation et le négationnisme, les premiers vecteurs et signes précurseurs des atrocités de masse.
Les mécanismes de prévention énuméré ont réaffirmé l'engagement des institutions rwandaises, des États de la région et du monde à bâtir des sociétés résilientes, basées sur l'unité, la réconciliation, le respect des droits humains et la cohésion sociale.
En fait, l’objectif poursuivi à travers cette conférence par l'ambassade du Rwanda de sensibiliser pour se souvenir et comprendre, de comprendre pour prévenir et agir, afin que de telles atrocités ne se reproduisent plus jamais aura été atteint.
BRAZZA-NET.CG, le site de l’histoire : +242 05 583 75 00, ebdimix@gmail.com ebdimix@gmail.com
Commentaires (0)
Aucun commentaire pour cet article pour le moment.
Laissez un commentaire